Pas de “slackers” au son.

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Un "Slacker" c'est un glandeur, un faignant, un branleur, comme ceux que Richard Linklater filmait à l'instinct dans les rues d'Austin, Texas, en 1989, et qu'il réunissait dans un film inédit que nous sortons ce mercredi. Aucun Slacker parmi les pros du son au cinéma, dont le travail exigeant est défendu et promu par l'AFSI (Association Française du Son à l'Image). Jeudi, le Ciné-club de l'AFSI a invité Philippe Lioret et Eric Tisserand, son mixeur, pour débattre après la projection du Fils de Jean. Le lendemain, le Collectif Jeune Cinéma (CJC) nous donne rendez-vous pour son programme d'expérimentations filmiques mensuel, toujours aussi déroutant et passionnant. Le reste de notre programme demeure, intangible, avec le cycle Abel Ferrara accompagnant Tommaso, nos amies Pygmalionnes, et The Lighthouse, La Grande Évasion, Sherlock Junior et Once Upon a Time in Hollywood.

Malgré leur incroyable discrétion, on les reconnait sur les plateaux de cinéma. Ils se coiffent d'un casque, manient des perches "bord cadre", cachent des micros, regardent avec obstination les aiguilles de leur Nagra et, quand on les entend, c'est uniquement lorsqu'ils crient "silence !", parfois accompagné d'un mystérieux "son seul !". On les retrouve ensuite dans les auditoriums où ils travaillent à rendre l'image audible et beau le bruit. Représentés par l'AFSI, les techniciens du son à l'image se donnent régulièrement rendez-vous dans nos salles pour faire entendre leur voix. Jeudi à 20h, le Ciné-club de l'AFSI nous propose le très juste film de Philippe Lioret, Le Fils de Jean. Réalisé en 2016, la quête d'un père qu'il n'a pas connu et vient de disparaitre, entraîne un jeune homme (Pierre Deladonchamps) au Canada… Où personne ne l'attend ! Le réalisateur et son mixeur, Eric Tisserand, débattront après la projection de leur travail sur ce film extraordinairement touchant.

Origine, voyage, migration, étranger, exil, frontières sont au cœur du programme que le Collectif Jeune Cinéma (CJC) nous propose vendredi à 20h. Cinq films courts, venus d'horizons divers pours expérimenter une autre façon de faire du cinéma.

Celui de Richard Linklater relève aussi d'une démarche de recherche. Il expérimente les formats, les durées, le temps au cinéma en défendant une approche très personnelle du film ; ce qui n'empêche pas cet excellent réalisateur, radicalement indépendant, de signer parfois de très réussies comédie familiales. Slacker (voir traduction plus haut) s'inscrit plutôt dans la veine "indé", même si le résultat est d'une incroyable drôlerie. Tournée en 16 mm pour un budget ridicule, cette déambulation faussement libre dans les rues d'Austin dresse une galerie de personnages parfaitement incongrue. Réalisé en 1989 et inédit en France, Slacker pose un regard curieux, ironique et joyeusement désespérée sur l'Amérique du tournant des 90's. Une géniale curiosité, parfaitement maîtrisée, qui annonce le mythique Boyhood. Ce dernier sera, avec d'autres, au programme du cycle que nous consacrerons à ce grand observateur à partir du 5 février.

Samedi à 18h, Quentin Delcourt nous présentera quelques-unes de ses Pygmalionnes, femmes de cinéma, avant de lancer la séance du documentaire qu'il leur a consacré. Tous les autres jours, vous pourrez venir vous immerger dans la filmographie d'Abel Ferrara, avec dix pièces de sa pléthorique filmographie (Go Go Tales, New Rose Hotel, Pasolini, Bad Lieutenant, The King of New York…). Le cycle Abel Ferrara accompagne la récente sortie de Tommaso, où Willem Dafoe, artiste yogi, ex-junky et malade de jalousie devient fou à Rome, dans une plongée très ferraresque.

Non sans vous rappeler que certains de nos anciens films gardent l'affiche, concluons avec l'Enfance de l'art. Ce sera une autre plongée, 20 000 Lieues sous les Mers, à bord du grand classique Julesvernien de Richard Fleischer. Embarquement sur le Nautilus mercredi 14h30 et dimanche 14h.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal Hardy et l'équipe du Grand Action.