En 2020, évadez-vous !

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Que se souhaiter en début d'année ? La santé, bien sûr, l'amour, l'amitié, la réussite, une planète moins chaude et un monde plus juste. On peut aussi espérer de beaux films, et aussi de s'évader le plus souvent possible, à minima des sentiers battus, des rails de la bienpensance et des autoroutes de l'obéissance. Pour exalter cette soif d'ailleurs, nous somme heureux de vous proposer de débuter 2020 par une Grande Évasion, celle que John Sturges réalisait en 1963 avec Steve McQueen. Toutefois, rien n'interdit de s'enfermer avec les deux gardiens de The Lighthouse, de Robert Eggers, de mener l'enquête avec Sherlock Junior et Buster Keaton, ou de réviser nos déjà classiques succès de 2019 comme The Witch, du même Eggers, Moonrise, de Frank Borzage, Ad Astra, de James Gray, et la version étendue de Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino. Et pour bien commencer l'année, nous terminerons la semaine par un ciné-club Louis Lumière.

Le premier événement de 2020 se tiendra en effet mardi 7 janvier à 20h, autour du travail de Clément Cogitore. Artiste et réalisateur couronné par de nombreux prix, Clément Cogitore fabrique de curieux documentaires à la stupéfiante beauté plastique. Son complice, Sylvain Verdet, est le directeur de la photo invité par le ciné-club Louis Lumière. Après les projections de Bielutine (2011) et Braguino (2017), tous deux tournés en Russie, il nous parlera de son travail de son expérience, puis nous accompagnera au cocktail à suivre.

Bien moins sympa était le Stalag Luft III. Jeune journaliste australien et pilote dans la RAAF (Royal Australian Air Force), Paul Brickhill fut conduit vers ce camp de prisonniers en Silésie après que son avion a été abattu par les Allemands en Tunisie. Avec d'autres officiers rebelles, il va organiser une spectaculaire évasion via un tunnel, que sa claustrophobie l'empêchera d'emprunter. 75 prisonniers parviendront à s'échapper, mais beaucoup seront repris et fusillés. De retour au journalisme et en Australie, Brickhill publie en 1950 La Grande Évasion (The Great Escape) où il raconte l'héroïsme de ses camarades. Treize ans plus tard, John Sturges adapte assez fidèlement son récit, et offre l'un de ses meilleurs rôles à Steve McQueen, surnommé "The Cooler King" - une référence, non à son indéniable "coolitude", mais à ses nombreuses provocations qui le conduisent au "frigo" du cachot ("cooler" signifie "glacière"). Si tout le monde se souvient de sa course sur une Triumph TR6, le film ne se résume pas à cette scène emblématique. Cette belle histoire d'amitié, de courage, de détermination, de solidarité, de sacrifice, est magnifiquement menée par un réalisateur maîtrisant aussi bien les séquences d'action pure que les ressors psychologiques des personnages. Après Un Homme est passé, Règlement de Compte à OK Coral et Les Sept Mercenaires - où il rencontre McQueen, James Coburn et Charles Bronson -, John Sturges signe avec La Grande Évasion un film majeur, qui fut un immense succès public et critique. Nous sommes heureux de vous proposer de revoir sur une copie magnifiquement restaurée ces 2h45 d'héroïsme cinématographique, que Richard Attenborough incarne avec une élégance toute britannique.

Peut-on parler d'oppressante beauté pour évoquer The Lighthouse ? Ce huis-clos de Robert Eggers où un gardien de phare expérimenté et aviné martyrise son apprenti qui fantasme sur une sirène, est une étonnante recherche cinématographique. Tourné en 35mm et en noir et blanc, dans un format quasi-carré, soutenu par une bande son expérimentale, la confrontation entre Willem Dafoe et Robert Pattinson sort le spectateur de sa zone de confort. Et c'est sans doute la principale raison pour l'aller voir.

Egalement en noir et blanc, mais plus pour des raisons historiques qu'esthétiques, le Sherlock Junior de Buster Keaton est un régal. Les tribulations oniriques d'un projectionniste injustement accusé de vol le conduisent à entrer dans l'écran pour rêver d'une autre vie. Mais la poésie, chez l'Homme qui ne rit jamais, est toujours teinté de burlesque, et ravira les spectateurs de tout âge, d'autant qu'elle est précédée d'un court métrage : Malec l'Insaisissable.

Nous conclurons cette lettre par l'Enfance de l'Art. Jeudi 10h30, nous prendrons part à L'Étrange Noël de M. JackL'Étrange Noël de M. Jack, d'Henry Selick, et dimanche à 14h, respecterons Les Lois de l'Hospitalité, un autre Keaton précédé de Luminaris, court-métrage de Juan Pablo Zaramella.

Bon 2020.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.

Commentaires   

0 #1 Bernard 12-01-2020 15:10
Bonjour, y a-t-il bientôt un projet "Univers Convergents" comme annoncé ? Merci
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