Les fantômes.

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Les morts sont bien vivants cette semaine au Grand Action et Jim Jarmusch nous le confirme avec The Dead Don't die, sa drôle de comédie zombie qui fit l'ouverture du Festival de Cannes. Nous retrouverons aussi avec émotion une récente disparue, Agnès Varda, qui rendit hommage à son cher fantôme dans Jacquot de Nantes. Ce beau film, choix du ciné-club Du Décor à l'Écran de dimanche 18h, sera projeté en présence de collaborateurs d'Agnès. Autre fantôme, celui du regretté Robin Williams qui obtint l'oscar pour son rôle de psy dans Will Hunting, le surdoué rebelle inventé par Gus Van Sant dont des mathématiciens viendront nous parler dans le Ciné-club Univers Convergents de mardi 19h. Signalons aussi que Buster Keaton poursuit sa leçon de savoir vivre (voire survivre) avec Les Lois de l'Hospitalité, et que Fritz Lang (Les Trois Lumières, House by the River), Jerzy Skolimowski, (Walkover, Le Bateau Phare, Travail au Noir) et Milos Forman (Ragtime), hantent toujours nos salles.

Agnès Varda nous a quitté le mois dernier. En 1991, elle évoquait avec son habituelle sensibilité solaire la jeunesse du grand amour de sa vie, qui fut également un grand cinéaste de la vie. Jacques Demy participa au tournage du "biopoétic" Jacquot de Nantes, mais s'est éteint avant de voir le film terminé. Olivier Radot, chef décorateur, Didier Rouget, réalisateur et Jacques Royer, directeur de production, collaborèrent tous trois régulièrement avec Agnès. Lors Du Décor à l'Écran de dimanche 18h, parleront de leur travail et de leurs souvenirs, avant de nous suivre au cocktail du Grand Bar. Une soirée forcément pleine d'émotions...

Cinéaste de la jeunesse et de la marge, Gus Van Sant est approché au milieu des années 90 pour réaliser un film écrit (et potentiellement interprété) par deux débutants : Matt Damon et Ben Affleck. L'histoire de Will Hunting, jeune génie tourmenté, fera de ses deux auteurs-acteurs des stars, et ajoutera une prestigieuse ligne à la filmographie de Van Sant (7 nominations et 2 Oscar en 1998). Mardi 19h, le Ciné-club Univers Convergents a invité Thierry Dias, professeur de Mathématiques, et Anne Siety, psychopédagogue, pour donner un éclairage scientifique à la fable de Will

Que se passe-t-il à Centerville, petite bourgade tranquille de l'Amérique profonde, perturbée, comme le reste du monde, par le changement de l'axe de la terre, conséquence de la folie des hommes ? Dans cette cité immobile où se croisent tous les clichés américains - le suprémaciste, le survivaliste, la serveuse du diner, le motelier gras, le geek boutonneux, les Noirs prolétaires, les hipsters en goguette -, un trio de flics débonnaires, même si la petite dernière est un peu flippée, fait régner l'ordre qui n'est d'ailleurs que modestement troublé. Pourtant "tout va mal finir" prophétise l'un d'eux. La résurrection des décédés va lui donner raison et l'habileté au sabre japonais de l'étrange croque-mort écossaise ne pourra endiguer l'appétit de chair fraîche des zombies, qui ont par ailleurs conservé les passions de leur vivant : caféine, chardonnay, tennis ou wifi. Avec son ton décalé, ses silences, ses références au genre (Romero notamment, le maître absolu), Jarmusch réalise un film libre, onirique et politique qui écorche largement le rêve américain de Trump. Porté par un casting de luxe d'habitués de son cinéma (Murray, Driver, Buscemi, Swinton, Sevigny, Pop, Waits...), le réalisateur nous fait rire de la fin du monde. Excellente thérapie !

Deuxième long-métrage de Buster Keaton, Les Lois de l'Hospitalité lui permet de dérouler son art d'enchaîner les ressorts comiques sur une trame ténue, en l'occurrence une vieille rivalité familiale. "Le mécano du cinéma" (joli titre de sa biographie signée Hélène Deschamp, Ed. A dos d'âne) montre sa virtuosité et cache tout ce qu'on ne voit pas : un travail méticuleux - de reconstitution, d'écriture, de montage, etc - qui fait la force, l'efficacité et style de Keaton, cet obsessionnel du gag.

Non sans vous inviter à relire cette lettre pour voir les autres films à l'affiche cités dans l'intro, terminons avec l'Enfance de l'Art. Mercredi à 14h30, Stephen Daldry nous raconte la touchante histoire de Billy Elliot, jeune boxeur danseur dans l'Angleterre thatchérienne. Dimanche à 14h, on reverra O'Malley, Duchesse et les petits Aristochats, de Wolfgang Reitherman. Miaou-miaou serait-on tenté de dire de cet immense film Disney.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.