Zombies cannois et hospitalité muette.

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Le Festival de Cannes est bien vivant, mais va débuter mardi 14 avec un drolatique film de morts. Les spectateurs impatients du Grand Action auront vu en même temps que les privilégiés du Palais cannois The Dead Don't die, le très attendu dernier film de Jim Jarmusch, à l'écran dès ce mercredi à 11h30. La seconde partie de notre titre annonce l'autre sortie de la semaine, la réédition d'un Buster Keaton méconnu, Les Lois de l'Hospitalité, largement bafouées par l'homme qui ne rit jamais, mais fait rire tout le monde. Question hospitalité, le Grand Action s'y connait et accueille d'ailleurs deux ciné-clubs. Mercredi, ce sera Présences Extraterrestres avec Ikarie XB1 et mardi 21, Batman, le défi, organisé par le Club Positif.

Cannes et Jarmusch, c'est une longue histoire d'amour qui a débuté avec la Caméra d'Or qu'obtint son deuxième film, Stranger than Paradise, en 1984. On l'y croisa souvent depuis, et le Festival lui fait l'honneur d'offrir sa soirée d'ouverture à The Dead Don't die. Les morts ne meurent donc pas, ou plutôt ressuscitent, dans une paisible petite bourgade de l'Amérique profonde. Et, selon leurs mœurs classiques, les revenants se mettent sans plus attendre à dévorer les vivants, non sans avoir gardé les addictions de leur précédent passage terrestre. On appréciera particulièrement l'appétence à la caféine d'un décédé, incarné par le pourtant immortel Iggy Pop, pour la troisième fois devant la caméra de Jarmusch. Clin d'œil à Shaun of the Dead, ce film surfe donc sur la même veine délirante et déglinguée, tout en bénéficiant d'un casting plus-plus-plus de fidèles jarmuschiens, comme Pop ou Tom Waits. On retrouve aussi Adam Driver (l'inoubliable Paterson), Bill Murray, 4 JJ au compteur, ex-aequo avec Steve Buscemi et Tilda Swinton, en inquiétante samouraï tueuse de zombies. Sabre en main, elle participe à la chasse avec les trois flics, l'impeccable duo Murray-Driver complété par Chloë Sevigny. Un film très attendu, mais sur lequel nous ne vous en dirons pas plus, puisqu'on ne l'a pas vu. Le festival est assez pointilleux sur ses exclusivités

Au début des années 1920, beaucoup des grands burlesques qui avaient emballé la décennie précédente avec leurs courts-métrages passaient au long. Buster Keaton n'échappa pas au mouvement et Les Lois de l'Hospitalité, réalisé en 1923, est l'un de ses premiers films de plus d'une heure. Rocambolesque rencontre de deux jeunes gens qui, ignorant la haine tenace qui déchire leur famille, se trouvent embringués dans un dîner tendu où l'on essayera - avec de grandes difficultés et le ressort comique est là - de respecter Les Lois de l'Hospitalité. Dans cet Ouest américain encore sauvage, elles consistent d'abord à ne pas s'entretuer. Belle restauration et copie neuve pour cette distribution des Films Théatre du Temple, émaillée de quelques séquences d'anthologie, dont un voyage en train qui annonce Le Mécano de la Générale et montre le talent de cet orfèvre du gag millimétré.

Ces deux prestigieuses sorties ne nous privent pas de recevoir nos amis cinéclubistes. Mercredi soir, Présences Extraterrestres nous propose une rareté avec Ikarie XB1, un formidable film tchèque des années 60, qui prend son titre du vaisseau spatial emmenant des scientifiques à la recherche de vie dans la galaxie. L'écrivain Laurent Genefort et Perig Pitrou, chercheur au CNRS et co-fondateur du ciné-club, animeront le débat après la vision de ce pionnier de la SF cinématographique.

Autre vision fantastique, plus "super héros", mardi 21. Ce sera Batman, le défi, filmé par Tim Burton, interprété par Michael Keaton et l'inoubliable Pingouin Danny DeVito, et organisé par le Club Positif. Pierre Eisenreich présentera la projection, précédée, comme toujours d'un cocktail au Grand Bar à partir de 19h30.

Quelques films des précédentes semaines résistent au vent nouveau qui souffle sur notre programme. Ainsi, deux Fritz Lang réalisés à 30 ans d'intervalle (Les Trois Lumières, 1921, et House by the River, 1950) deux Jerzy Skolimowski, également de deux périodes (Walkover, pour la tchécoslovaque, Le Bateau Phare, pour l'américaine), ainsi que l'indéboulonnable Ragtime de Forman, conservent quelques séances. Et l'on termine, vous vous en doutez, avec l'Enfance de l'Art qui nous propose deux films d'animation. Gros Pois et Petit Point, pour les petits mercredi à 14h30 et Le Tableau, qui plaira à tous les âges, dimanche à 14h.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.