On reste classique.

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Classique, certes, comme un bon vieux Fritz Lang millésime 1938, Casier Judiciaire, ou un Cycle John Ford, qui s'enrichit d'un nouvel opus du maître, Le Soleil brille pour tout le Monde. Classique aussi, “but with a twist” avec WarGames où, en 1983, John Badham filmait un pré-geek rivées à son petit écran, une espèce d'humanoïdes que l'on a souvent vu depuis sur les grands. Classique donc, mais pas que, car les modernes se déchaîneront vendredi soir lors d'une séance du Collectif Jeune Cinéma. Le courant contemporain est aussi représenté par nos récents Long Way Home et My Beautiful boy, ainsi que par Plaisirs Inconnus, un Jia Zhang-Ke de 2002, que le Ciné-club Positif et Hubert Niogret nous proposent mardi 12 mars à 20h.

Débutons donc par notre premier rendez-vous, en l'occurrence une séance du Collectif Jeune Cinéma consacré à Sebestyén Kodolányi. Ce cinéaste-archiviste hongrois œuvre à la création d'une base de données, dans "une approche trans-géographique et comparative des différents courants et moments des pratiques indépendantes, alternatives et expérimentales du cinéma en Europe". Plusieurs courts-métrages - assez pointus, on ne vous le cache pas - seront projetés vendredi à 20h.

La semaine évènementielle se clôturera mardi à 19h30 avec le traditionnel cocktail de bienvenue du Ciné-club Positif. Hubert Niogret nous présentera ensuite Plaisirs Inconnus, troisième long-métrage de Jia Zhang-Ke. Ce brillant réalisateur chinois filme deux jeunes désœuvrés de la province du Shanxi, dont l'un est amoureux d'une chanteuse, interprétée par Zhao Tao. Epouse et muse du réalisateur, Zhao tient le rôle principal de son nouveau film Les Éternels.

La nouveauté de la semaine a plus de 80 ans. Mais un film octogénaire, surtout s'il est mis en scène par Fritz Lang et en musique par Kurt Weill, mérite d'être redécouvert. Troisième opus américain de Lang qui, comme son camarade compositeur, avait fuit le nazisme pour de bonnes raisons, Casier Judiciaire (You and Me) ne rencontra pas le même succès que ses deux prédécesseurs (Fury et J'ai le droit de vivre). Est-ce parce qu'aucune vedette n'y apparait ? Ou bien que Lang, en faisant coucher ensemble un couple non-marié, bafouait la risible morale du Code Hays ? Une autre morale, nettement plus respectable, porte cette belle histoire d'amour entre deux repentis du banditisme, et merci au distributeur Swashbuckler de la ressusciter sur copie neuve.

Pas de vedette non plus dans Le Soleil brille pour tout le Monde, et également la dénonciation en filigrane d'une autre ridicule régulation américaine : le maccarthysme. Ce film vient enrichir notre Cycle John Ford avec l'histoire d'un juge alcoolique qui prend la défense des Noirs dans le Kentucky peu progressiste du début du XXe siècle. Même si ce film de 1953 est - dit-on - le préféré de son réalisateur, ne manquez pas d'aller voir les autres à l'affiche (dont Les Raisins de la Colère).

En 1983, un réalisateur à succès, John Badham, inventait un nouveau type de personnage qui allait faire florès dans le cinéma contemporain : le geek-hacker. Fan d'ordinateur et de programmation, le jeune pionnier de WarGames, affublé du beau sourire de Matthew Broderick, affolait les filles sans quitter son clavier. De cette même position, il craquait aussi les codes de l'armée et manquait de déclencher la guerre nucléaire. C'est moins drôle, mais diablement bien mené par Badham. On sera touché et amusé par le côté "vintage" des machines et des problématiques (l'ennemi de l'époque était soviétique), et WarGames est toujours aussi captivant.

Avant de découvrir la semaine prochaine We the Animals, de Jeremiah Zagar, rappelons que d'autres exclusivités sont toujours visibles : Timothée Chalamet en My Beautiful boy, de Felix Van Groeningen, et le Long Way Home de deux sœurs paumées vues par Jordana Spiro.

Une séance aussi pour Les Chasses du Comte Zaroff, et trois pour l'Enfance de l'Art. Mercredi et jeudi à 10h30, Chaplin joue Charlot sur la Route et, dimanche à 14h, Steven Spielberg s'envole avec E.T.

Belle semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.