Flanquer des coups de poings dans l'œil du public

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Ainsi parlait Eisenstein, cinéaste soviétique et pape du montage. Cet art de couper et d'ordonner les plans apporte sens, émotion et force au cinéma. Sans toujours aller jusqu'au projet radical d'Eiseinstein, le montage façonne les films et sera en vedette cette semaine avec une Master Class de Paul Hirsch, l'un des orfèvres de la chose. Mais un bon montage est le secret d'un film réussi et peut même en sauver un médiocre. Ce fut sans doute le cas pour certains des quelques 121 courts-métrages du Festival Faire un Film en 48h - The 48 Hour Film Project, 48HFP pour les intimes) que nous présenterons jeudi, vendredi et samedi. Mercredi, nous aurons lancé le nouveau Ciné-club Présences Extraterrestres, lors duquel des scientifiques débattront autour de Rencontres du troisième type et d'autres formes de vies. A ce riche programme, s'ajoutent évidemment nos précédents succès et notamment We Blew it , le formidable road-documentaire de Jean-Baptiste Thoret qui, sur la route du Nouvel Hollywood, rencontre des Trumpistes ; pire que le troisième type !

Quand un anthropologue (Perig Pitrou), un paléontologue (Jean-Sébastien Steyer) et un physicien (Roland Lehoucq) se rencontrent, ils parlent forcément de sciences. En l'occurrence, c'est celle du vivant qui les intéresse et, pour les débuts de leur Ciné-club Présences Extraterrestres au Grand Action, ils font des Rencontres du troisième type. Le film de Spielberg est particulièrement bien choisi puisque nos amis veulent évoquer les formes de vies extraterrestres, et la façon dont la SF les aborde. Après la projection de mercredi à 20h, un débat, également en présence des astronomes Franck Marchis et Stéphane Mazevet, envisagera les cœurs qui pourraient battre à des années-lumières des nôtres. Mais sont-ce des cœurs ? Nous pourrons noyer nos interrogations métaphysiques lors du cocktail à suivre au Grand Bar.

L'on connait désormais le principe du Festival Faire un Film en 48h, d'ailleurs énoncé dans son intitulé. Un vendredi soir de septembre, une petite centaine d'équipes de cinéastes amateurs et professionnels ont reçu les contraintes des organisateurs. 121 d'entre elles ont réussi à boucler leur projet avant dimanche à 19h, validant ainsi leur participation au 48HFP 2017. Lors des soirées de jeudi, vendredi et samedi, nous verrons, en présence des équipes et donc dans une chaude ambiance, ces productions de l'urgence, tripales, étonnantes, hétéroclites, iconoclastes, parfois brillantes et parfois ratées, mais toujours respectables car la gageure du festival est une douce folie.

Lors du 48HFP, le dimanche est forcément consacré au montage. Ce sera aussi le cas ce dimanche au Grand Action qui, grâce à notre ami et collaborateur Pierre Filmon, recevra Paul Hirsch pour un beau programme. Star du montage - il a travaillé pour les premiers Star Wars ce qui lui a d'ailleurs valu un oscar - Paul est le monteur attitré de Brian De Palma (dont la version restaurée de Carrie est toujours à l'affiche). A 16h, Obsession lancera une Master Class de Paul Hirsch, qui introduira aussi la projection de Chute Libre de Joel Schumacher. Un grand moment d'échange et de formation donc, auquel les apprentis cinéastes du Festival devraient tous assister pour découvrir la puissance du montage.

Le critique Jean-Baptiste Thoret est le spécialiste du Nouvel Hollywood. Début 2016, il s'est lancé sur les routes américaines pour comprendre ce courant cinématographique subversif dont Easy Rider est l'un des fers de lance. Mais sa réflexion cinéphile s'est heurtée à une autre nouvelle Amérique, qui s'apprêtait à porter Donald Trump à la Maison Blanche. Ainsi, le film de Thoret déborde largement de son cadre cinéphilique pour interroger ce pays et demander comment une génération est passée de la rébellion beatnick aux tweets présidentiels. We Blew it est une formidable plongée "coup de poing" dans le grand écart yankee, qui parle autant de politique et de société que de cinéma.

Non sans vous préciser que Carrie, Detroit, Phase IV et Certain Women sont encore visibles, concluons rituellement avec l'Enfance de l'Art. Mercredi, nous verrons Ivan Tsarévitch et la princesse changeante, les délicieuses animations de Michel Ocelot et, mercredi, ce sera Panda petit panda, de Isao Takahata.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du GrandAction