Chères spectatrices, chers spectateurs,

Deux cinéastes un peu à part tiennent l’affiche cette semaine. Le premier est Corse, le second Suisse. Ils ont en commun d’être né la même année (1930), d’avoir été critique, notamment aux Cahiers du Cinéma, et de manier avec un certain talent l’art de la provocation. L’un est polytechnicien, l’autre autodidacte, et ils débutèrent tous deux leur carrière dans les années 60. Si celle de l’un fut chaotique et (trop) discrète, celle de l’autre éclata dès son premier film, considéré comme le manifeste de la Nouvelle Vague, et fut ponctuée d’autant de coups de gueule que de coups d’éclat. Paul Vecchiali et Jean-Luc Godard sont donc réunis par le miracle de notre programmation, avec des cycles qui retracent une large partie de leur filmographie. Ces deux-là, entrés de leur vivant dans l’histoire du cinéma, laissent quelques séances pour A l’Ombre des Potences, de Nicholas Ray, et Le Complexe de la Salamandre, documentaire sur l’artiste Patrick Neu, programmé tous les samedis de l’été.

Le cycle Paul Vecchiali à la diagonale de l’été rend hommage à ce grand monsieur, toujours vert et charmant, en rééditant la quasi-intégralité de sa filmographie. Notons aussi que le titre du cycle évoque le nom de sa société de production, Diagonale, qu’il fonda après avoir collaboré avec Jean Eustache. Initié cet hiver, le cycle revient cet été avec plein de films à découvrir ou redécouvrir. Pour nous guider dans l’œuvre souvent troublante de Vecchiali, nous avons convoqué de nombreux exégètes qui viendront présenter les séances de la semaine, et parfois leurs propres films. Mercredi à 19h30, Axelle Ropert, journaliste et réalisatrice, conduira le débat qui suivra la projection de son court-métrage, Etoile Violette, avant la projection de Once More, drame conjugal des années SIDA réalisé par Paul Vecchiali en 1988. Le lendemain, les critiques Pierre Eugène et Hughes Perrot, respectivement membre des rédactions de Trafic et des Cahiers du Cinéma et tous deux fans du travail de Vecchiali, animeront les débats à l’issue de Corps à Cœur (à 19h), et avant la projection de Saltimbank (21h15) de Jean-Claude Biette. Dimanche à 16h30, Astrid Adverbe, la comédienne principale de Nuits Blanches sur la Jetée, nous présentera la séance et, comme elle est également réalisatrice, son court-métrage Me Damne. Lundi 13 à 19h30, un film produit par Diagonale et dirigé par Jean-Claude Biette, Loin de Manhattan, sera commenté par Mathieu Macheret, critique au Monde, qui enchaînera à 21h30 avec le débat à la suite de En Haut des Marches. Nous vous invitons à vous reporter à notre programme complet, pour voir les horaires de Femmes, Femmes, L’étrangleur, ou le Café des Jules, entre autres films estampillés Vecchiali.

Provocateur, esthète, critique, trublion, sémiologue, et surtout immense cinéaste, Godard est un monstre sacré qui méritait bien un cycle. Le Festival de Cannes, qui était l’un des rares à ne pas l’avoir couronné, lui a enfin attribué un Prix du Jury en 2014. Il était temps. Et il est toujours temps de revoir ses films, les plus fameux, comme A Bout de Souffle, Une Femme est une Femme, ou Le Mépris, et les moins connus, tels Le Gai Savoir, Vent d’Est ou Luttes en Italie. Bref, il y en a une grosse quinzaine cette semaine. Alors plutôt que de nous lancer dans une interminable liste de titres, voici quelques citations de Jean-Luc, toujours savoureuses, où il pourfend le petit écran (on adore). « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse ». « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, c’est un téléfilm que vous faites ». « La télévision fabrique de l’oubli. Le cinéma fabrique des souvenirs ».

On s’arrête là, car il y d’autres annonces à faire, mais on pourrait continuer longtemps car il faut aller au cinéma. Justement, quelques lignes pour A l’Ombre des Potences, film un peu oublié et enfin réédité de Nicholas Ray, avec James Cagney en cowboy, et pour Le Complexe de la Salamandre, documentaire de Stéphane Manchematin et Serge Steyer. Avec distance, ils explorent le travail de Patrick Neu, artiste vosgien, avare de mots mais pas d’images, qui vit en presqu’ermite pour construire une œuvre singulière. Ce film que nous projetterons tous les samedis de l’été à 14h, fait écho à l’exposition que le Palais de Tokyo lui consacre en moment.

« Le cinéma, c’est l’enfance de l’art » disait encore Godard. Terminons avec elle, et les 101 Dalmatiens, classique et merveilleux Disney cynophile.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.