Chères spectatrices, chers spectateurs,
Si White Dog, le chien tueur de Samuel Fuller est éruptif et que le cinéma de Luis Buñuel, brûlant comme une coulée de lave, a emporté sur son passage toutes les règles, à commencer par celle de la bienséance, cette lettre doit son titre à Stromboli. Un volcan effusif, le plus actif d’Europe, a donné son nom à cette petite île de l’archipel des Éoliennes, au nord de la Sicile. Il a aussi permis au grand Roberto Rossellini de trouver le titre et le cadre d’un des films phares du néo-réalisme italien. Stromboli ressort cette semaine sur copie neuve, et sera présenté lundi à 19h, par François-Guillaume Lorrain, journaliste au Point et auteur de L’Année des Volcans (Ed. Flammarion).

Stromboli est une île et un film magnifiques. Ingrid Bergman, lumineuse mais sombre, incarne une réfugiée lituanienne emprisonnée en Italie pour avoir été la maîtresse d’un officier allemand. Pour échapper à son destin, elle épouse un pauvre pêcheur et le suit à Stromboli. Mais la belle balte s’intègre difficilement sur la rugueuse petite île sicilienne qui vit pieusement sous la menace du volcan. Ingrid Bergman, fascinée par Rome, Ville Ouverte et Paisa, avait écrit à Rossellini pour lui proposer de travailler sous sa direction. A Stromboli, elle finit devant la caméra et dans le lit du maître du Néo-Réalisme, pour une longue liaison qui attira une nuée de journalistes. D’autant qu’au même moment et sur l’île voisine, Anna Magnani, ancienne maîtresse de Rossellini, tournait Vulcano sous la direction de William Dieterle. La consanguinité de ces deux films, tout autant que l’irruption volcanique qui donne une partie de sa force à Stromboli (nettement meilleure œuvre que Vulcano) agitera la presse de l’année 1950. Plus de 60 ans après, elle inspire François-Guillaume Lorrain, qui publie L’Année des Volcans, aux éditions Flammarion. Il viendra, lundi à 19h, nous présenter son roman, également fine analyse du cinéma italien de l’époque, et introduire la projection de Stromboli.

« L’œuvre de Buñuel a une odeur de soufre », écrit Alain Bergala dans un ouvrage consacré au plus grand cinéaste espagnol qui ne tourna que 5 films dans son pays. Cinéaste volcanique, révolté, audacieux, provocateur, qui sut mâtiner de poésie surréaliste la psychanalyse freudienne, Luis ne parle que du désir des hommes et le tournicote à sa sauce. Le Cycle Luis Bunuel parcourt une grande partie de son œuvre,  de l’avant–garde muette (Un Chien Andalou) à la période française pendant laquelle, et avec la complicité du scénariste Jean-Claude Carrière, il réalise ses films les plus célèbres et sans doute les plus aboutis : Journal d’une Femme de Chambre, Belle de Jour, Le Charme Discret de la Bourgeoisie ou La Voie Lactée. Notre cycle laisse aussi une grande place à la période mexicaine de Buñuel, où il alterne mélodrames populaires (Don Quintin l’Amer, La Vie Criminelle d’Archibald de la Cruz, Les Hauts de Hurlevent) et films plus ambitieux, comme l’extraordinaire Los Olvidados, sur les gamins pauvres de Mexico. Comme tous les grands cinéastes qui réalisent des films de commande, Buñuel conserva toujours sa liberté de ton et su évoquer le thème du désir masculin qui lui est si cher. Nous n’énumérons pas dans cette lettre l’intégralité du programme, que vous découvrirez en tapant ici .

Si vous n’avez pas encore vu White Dog de Samuel Fuller, sachez qu’il se joue encore cette semaine. Et franchement, ce serait vraiment dommage de rater ce film puissant et dérangeant, plein d’une fougue maîtrisée et violente, où un pauvre chien est programmé pour tuer par des nostalgiques d’un illusoire et hégémonique pouvoir blanc.

Non sans vous redire que demeure aussi une séance du Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, terminons avec l’Enfance de l’Art. Pour sa séance dominicale, elle nous propose un très joli film italien de Cristiano Bortone,  Rouge comme le Ciel, l’histoire d’un petit garçon qui, devenu aveugle, fait vivre sa passion du cinéma par le son.
Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.