Chères spectatrices, chers spectateurs,
Les grands du cinéma se succèdent au Grand Action. Samuel Fuller, décédé en 1997, sera représenté par White Dog - Dressé pour Tuer, adapté du roman de Romain Gary, que nous ressortons cette semaine sur copie neuve. Raymond Depardon, accompagné de sa complice Claudine Naugaret, sera en revanche bien présent pour le Ciné-Club Louis Lumière qui lui est consacré. L’occasion de revoir, présenté par son auteur (qui en est également chef opérateur), Délits Flagrants, précédé du court métrage Ian Palach. Outre ces deux nouveautés, nous retrouverons à peu près le programme des semaines précédentes. A savoir The Grand Budapest Hotel, Le Loup de Wall Street et Computer Chess, ainsi que quelques films – dont des nouveautés - de notre cycle Palmes d’Or.

Mercredi 28 à 20h, nous aurons donc le plaisir d’accueillir le grand Raymond Depardon, immense photographe arpenteur, devenu roi du documentaire. Il sera accompagné de la reine Claudine (Naugaret) qui gouverne le son (entre autres choses) des films indispensables de son époux à la ville. A l’heure du numérique, lorsqu’on revoit un film de Depardon, on se demande comment ce diable a bien pu faire pour tourner en pellicule et capter avec une telle acuité la vérité qu’il fait vivre à l’écran. Suivant Giscard ou des paysans en campagne, filmant les dingues de San Lorenzo ou les urgences de l’Hôtel Dieu, il garde cette précision chirurgicale du cadre et un incroyable instinct pour saisir la puissance des moments. Délits Flagrants, premier film tourné dans l’enceinte du Palais de Justice de Paris, montre son fonctionnement au quotidien, « ces histoires que la fiction ne peut rendre » selon son réalisateur. Un documentaire exceptionnel qui reçut un fort mérité César en 1995. En première partie de programme, nous verrons Ian Palach, hommage réalisé en 1969, année où le jeune étudiant martyr du Printemps de Prague s’immola pour protester contre l’invasion Soviétiques. Deux Depardon à voir et les deux Depardon pour en débattre ! Une belle soirée en perspective, qui se poursuivra par un cocktail.

Romain Gary s’est inspiré de sa propre histoire pour écrire Chien Blanc, l’histoire d’un berger allemand dressé à l’attaque qu’il avait recueilli. Sauf que la bête avait été programmée pour ne mordre que les Noirs. L’occasion pour cet immense auteur, qui vivait alors avec la belle Jean Seberg, très engagée pour les droits civiques, de dénoncer tous les racismes. Douze ans après la sortie du roman (en 1982 donc), Samuel Fuller s’en est inspiré pour son White Dog. Le magnifique et impressionnant chien blanc du film erre dans la ville, quand il est renversé par la voiture d’une jeune actrice (Kristy McNichol). Elle le fait soigner et se prend d’une affection sans borne pour le canidé, dressé par des racistes du Sud au goût du sang, et surtout celui des « coloured people ». Pourra t-elle rééduquer son chien avant qu’il ne tue à nouveau ? L’expérience de soldat de Fuller – il fut membre de commandos d’élite et débarqua en Normandie – lui avait permis de comprendre l’horreur brute de la violence. Il sut la mettre en scène dans des films de guerre (Les Maraudeurs Attaquent), des westerns (Quarante Tueurs) ou encore le cauchemardesque Shock Corridor. Mal compris, mal interprété (on ne parle évidemment pas de la musique de Morricone), White Dog fut, à sa sortie, attaqué par des associations antiracistes, au point que la Paramount bloqua sa distribution. Fuller en fut blessé, s’exila en France et ne retrouva jamais la sobriété baroque qui caractérisait son talent. White Dog est donc son dernier grand film, et nous sommes heureux de le présenter sur copie neuve grâce au distributeur Swashbuckler.

En attendant de vous montrer Winter Sleep (le primé de 2014) pour un futur cycle Palmes d’Or, d’anciens vainqueurs rejoignent ceux des semaines précédentes. Ainsi, si La Dolce Vita, Apocalypse Now, Le Troisième Homme, Le Tambour, Le Guépard et Chambre du Fils sont encore à l’affiche, nous pourrons aussi voir The Tree of Life, qui permit au talentueux et rare Terrence Mallick de décrocher la Palme en 2011. En 1995, Emir Kusturica en glanait une seconde avec le controversé et pourtant remarquable Underground, tandis qu’en 1991, Barton Fink des Coen avait réunit l’unanimité, une distinction particulière qui avait été refusée l’année précédente à Lynch pour Sailor et Lula. Enfin, notre cycle vous donne aussi l’occasion de revoir If..., décoré en 1969 et parfaitement en ligne de cette période hippie. Tout semblait alors possible... C’était avant les élections de dimanche.

Outre nos anciens films cités en début de lettre, signalons encore la projection-goûter du Pinocchio de Comencini, samedi, et dimanche celle de Enfance de l’Art, avec le Vent se Lève, dernier film de Hayao Miazaki.
Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.