Chères spectatrices, chers spectateurs,
Peu de bouleversements cette semaine, marquée par le Ciné-Club Louis Lumière du mardi 8. Nous pourrons voir La Naissance des Pieuvres, un film de jeunes filles en fleur signé Céline Sciamma, en présence de Crystel Fournier, Directeur Photo du film. Paper Moon, la touchante cavale narrée par Peter Bogdanovich, montre aussi le pouvoir irrésistible qu’une gamine peut exercer sur un homme, fut-il son père. Moins féminin – bien qu’une fille y joue un rôle important - Runaway Train, le convoi ferroviaire fou piloté par Andrei Konchalovsky, entraîne à sa suite d’autres cinéastes passés de l’Est à l’Ouest. Et parmi les films que nous vous proposons, bon nombre mettent les filles à l’honneur. Tant mieux !

Même si l’on en connaît quelques-unes (Caroline Champetier, Agnès Godard, Myriam Vinocour, et d’autres qui nous excuseront de ne pas citées), rares sont les filles qui osent prendre le contrôle de la lumière d’un film. Nous n’allons pas lancer le débat sur le machisme au cinéma, mais force est de reconnaître qu’elle apporte une couleur particulière aux productions qui les engagent.  Et pour certaines, la présence d’une femme à la caméra, s’impose.C'est le cas de la Naissance des Pieuvres, qui est aussi celle de l’émoi, de l’amour, de l’ambigüité chez une fille de 15 ans, interprétée par la délicieuse Pauline Acquart, 20 ans aujourd’hui. Cette Naissance n’aurait certainement pas eu la même délicatesse si Crystel Fournier ne s’était emparée de la caméra. Avec sa complice réalisatrice Céline Sciamma, elle a su jouer sur les contrastes – lumières crues de la piscine, couleurs chaudes de la fête – pour dresser ces portraits d’adolescentes troublées et troublantes. Chrystel sera parmi nous mardi soir afin de parler de son travail. Et peut-être de la place que le cinéma laisse aux femmes.

La femme, en l’occurrence une femme en devenir puisqu’elle n’a que 10 ans, est bien la vedette de Paper Moon. Tatum O’Neal et son père Ryan, se partagent l’affiche de ce drôle de road-movie réalisé en 1973 par Peter Bogdanovitch. Le père y joue Moses, un brave petit escroc qui, à l’enterrement d’une ancienne maîtresse, tombe sur une gamine qu’il doit emmener chez une vieille tante. Est-elle sa fille ? Elle sera sa faille. Sur les routes d’une Amérique rurale en pleine dépression des années 30, le duo va devoir apprendre à se connaître, à cohabiter, à s’apprivoiser, et finir par… On ne va pas vous raconter le dénouement ! Mais il est heureux, comme ce film nostalgique et délicat, brillamment conduit par un ex-critique ayant gagné ses lettres de réalisateur dans la comédie délirante (What’s up, Doc ?). Nous devons cette réédition sur copie neuve à un jeune distributeur qui nous avait, l’année dernière, permis de revoir Le Gouffre aux Chimères, formidable satire des médias de Billy Wilder. C’est dire qu’il a du goût, et vous ne serez pas déçus en découvrant Paper Moon. A l’instar du Jury des Oscar, vous serez certainement conquis par le réjouissant talent de Tatum O’Neal, plus jeune lauréate de la prestigieuse récompense de l’histoire.

Si le Runaway Train de Konchalovsky est d’abord un film d’hommes, une jeune fille partage le sort des deux évadés. Rebecca de Mornay prête sa drôle de tête au personnage de Sara, embarquée elle aussi dans le train fou. D’autres filles sont les vedettes de certains films de notre cycle d’Est en Ouest, consacré aux cinéastes qui, comme Konchalovsky, ont fait le mur. Ainsi, Jeannie, la jeune fugueuse de 15 ans du Taking Off, de Milos Forman, ou la Susan, sulfureuse madone des piscines du Deep End, de Jerzy Skolomowski. On pourrait encore citer Irène Jacob, qui interprète les deux fausses jumelles de La Double Vie de Véronique, de Krzysztof Kieslowski, Sharon Tate, ingénue invitée au Bal des Vampires de Roman Polanski, ou même Romy Schneider qui, malgré ses cassures, demeure l’incarnation de la fraicheur, y compris dans L’Important c’est d’Aimer, d’Andrzej Zulawski. Pas de jeune fille dans Arizona Dream, de Emir Kusturica, ni dans Le Sacrifice, dernier film d’Andreï Tarkovski, mais deux mystérieuses initiatrices dans le premier et une étrange amante dans le second.

Avant de terminer, précisons que The Great Gatsby, de Jack Clayton, est toujours programmé. Dans la rubrique des reprises de prestige, il sera rejoint le 16 octobre par Barton Fink, qui gagna la Palme d’Or et le Prix de la Mise en Scène à Cannes en 1991. Un prix chacun, cela évita de faire des jaloux parmi les Frères Coen.

Quant à l’Enfance de l’Art, elle nous plonge dans le Londres de Dickens, avec Oliver Twist, adapté par David Lean, avec Sir Alec Guinness en Fagin.
Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.