Chères spectatrices, chers spectateurs,
Ce train d’enfer, c’est évidemment le démoniaque Runaway Train, d’Andrei Konchalovsky que nous sommes heureux de ressortir sur copie neuve. Mais ce pourrait aussi évoquer l’incroyable virtuosité avec laquelle Sir Alfred Hitchcock balade L’Homme qui en savait Trop, ou la façon dont Arnaud Desplechin conduit sa carrière, résumée dans le cycle que nous lui consacrons.

Andrei Konchalovsky est le fils du poète soviétique Sergueï Mikhalkov (à qui l’on doit l’hymne russe) et le frère du cinéaste Nikita Mikhalkov (Les Yeux Noirs, Urga, Soleil Trompeur…). C’est sans doute pour se libérer de cette talentueuse famille qu’il prit comme pseudo le nom de son grand-père et partit tenter sa chance en Amérique au début des années 80. A l’époque, la boutique hollywoodienne était tenue par Cannon Group, société de production de Golan et Globus, deux remuant cousins d’origine israélienne. Si les « jewish Tycoons » opérèrent une razzia sur les films d’action populaires, ils surent aussi invertir dans des œuvres plus exigeantes. Ainsi, ils permirent à Cassavetes de tourner Love Streams et à Godard d’adapter très librement un Roi Lear qui déclencha une homérique bataille juridique entre le réalisateur et ses producteurs. Bref. Cannon prit donc Konchalovsky sous son aile dès son arrivée aux USA et finança son Maria’s Lovers, puis notre Runaway Train. D’une certaine manière, cette évasion de deux prisonniers lancés sur un train fou correspondait mieux aux attentes du duo Golem-Globus que les atermoiements sentimentaux de Maria, alias Nastassia Kinski. Dans Runaway Train, un gros dur et une petite frappe se font la belle de leur pénitencier alaskien et embarquent sur un train sans machiniste qui les conduit à travers de glaçants paysages vers un terrible destin. On y voit un John Voight impressionnant dans le premier rôle, tandis que son complice est interprété par Eric Roberts, qui fera un moins remarquable parcours que sa sœur Julia. Mené à un train d’enfer, Runaway Train est un film d’une absolue noirceur et d’une redoutable efficacité. Par sa vigoureuse nervosité, il annonce, avec 30 ans d’avance, le cinéma d’action contemporain.

Arnaud Desplechin occupe une grande part du reste de notre programmation. La sortie (pas chez nous mais ailleurs où nous vous invitons vivement à aller le voir) de son dernier film (Jimmy P), nous a donné l’envie de resituer la carrière de cet encore jeune cinéaste défricheur. Hormis Cycle Arnaud Desplechin balaye toute sa filmographie. Elle débute par La Vie des Morts, un moyen-métrage familial sur une tentative de suicide, qui lui ouvre les portes du long. Après la fameuse et invisible Comment je me suis Disputé… (Ma vie Sexuelle). Aussi à l’aise dans ce rôle de jeune intello tourmenté que dans celui du garçon dérangé (Rois et Reine) ou du fils cynique rejeté par sa mère (Un Conte de Noël), Amalric fait partie de la « bande à Desplechin », où l’on rencontre d’autres comédiens, ainsi qu’un producteur (Why Not), un chef opérateur (Eric Gautier) et pas mal de collaborateurs réguliers. Egalement au programme de notre cycle, Esther Kahn, avec Summer Phoenix en jeune fille de la bourgeoisie juive victorienne, et Léo, en jouant dans la Comédie des Hommes, d’après une pièce d’Edward Bond.

L’Homme qui en savait Trop, version initiale de 1934, représente le cinéma du maître Hitchcock et reste à l’affiche, tout comme l’Enquête sur une Passion, de Nicolas Roeg, The Great Gatsby, de Jack Clayton et Django Unchained, de Tarantino.

Notez encore que mercredi prochain (donc le 18 septembre), le Ciné-Club Louis Lumière nous donne rendez-vous pour Voici venu le Temps, un film d’Alain Guiraudie, présenté par son Directeur de la Photo Antoine Héberlé.

Voici aussi venu le temps de conclure avec l’Enfance de l’Art et l’inoubliable Bambi de Disney, pour voir le monde avec des yeux d’enfant. Ou de biche, comme on veut.
Bonne semaine.