Chères spectatrices, chers spectateurs,
Le tueur froid, implacable, tout de noir vêtu, fait partie des mythes américains. Issu du western (Henri Fonda dans Il était une Fois dans l’Ouest), il a même été repris par Morris et Goscinny, les auteurs de Lucky Luke qui inventèrent le personnage de Phil Defer, lui même inspiré par Jack Palance dans l’Homme des vallées Perdues, de George Stevens. Killer Joe est le digne héritier contemporain de cette prestigieuse lignée. Vedette du dernier film de William Friedkin, cet ange du mal magnifiquement interprété par Matthew McConaughey – qui quitte définitivement, espérons-le, les oripeaux de l’acteur à minettes – est juste effrayant, sadique et pervers. On adore ! Autre chantre des noires légendes yankees, Brian de Palma, dont le Blow Out, les Pulsions et les influences sont toujours à l’affiche. Dès mercredi prochain, place à une rétrospective Friedkin, et l’occasion de voir et revoir les films qui ont fait sa gloire. Nul doute que Killer Joe va s’ajouter à la liste.

Rappelons l’intrigue : dans une banlieue minable de Dallas, la menace d’un grossiste conduit un jeune dealer tout aussi minable (Emile Hirsch) à envisager le meurtre de sa mère pour toucher l’assurance vie, éponger ses dettes et sauver sa peau. Son extraordinaire débile de père (Thomas Haden Church), sa libidineuse belle-mère (Gian Gershon), et même Dottie, sa délicieuse et virginale petite sœur (Juno Temple), adhèrent au projet. Reste à trouver l’exécuteur de la basse besogne : ce sera Killer Joe Cooper, un flic de jour qui tue la nuit. En bon pro, Killer Joe veut une avance – que la famille n’a pas – et propose de prendre Dottie en gage. Et voici donc la baby doll offerte au serpent, qui rythme ses apparitions par le cliquetis de son zippo. Friedkin, que l’on sait tyrannique sur un plateau, prend autant de plaisir à filmer la clique de médiocres rednecks sans moral ni pensée, que la délicatesse et la fraîcheur de Dottie, pauvre Cendrillon tombée sous le charme du tueur. Au delà de sa mission, ce dernier aura à cœur de redonner un peu de moral et de sens commun à cette famille de loosers. Parfois, ce deus ex machina implacable agit avec une brutalité que le bon goût réprouve. Et gageons que vous n’aurez pas envie d’aller dîner d’un pilon de poulet frit en sortant du film. Friedkin, qui se fout du bon goût comme de sa première chemise, ne nous épargne rien. Mais il le fait avec un sens du rythme, de la logique des personnages et de l’humour qui font tout avaler. Façon de parler. Bref. Killer Joe pourra parfois surprendre et déranger. Mais n’est-ce pas l’un des rôles du cinéma ? Et puis celles et ceux qui supporteront la violence au second degré seront conquis par l’univers du film, magnifique ovni de la rentrée, devant lequel la critique, d’ailleurs, s’incline.

Nos spectateurs attentifs n’auront pas manqué de remarquer de notre été fit une belle place à Brian de Palma : si nos deux ressorties de l’été, Blow Out, l’étrange enquête d’un preneur de son, et Pulsions, un thriller noir et sexuel, qui l'ont inspiré restent à l'affiche la semaine prochaine, le Festival De Palma sous Influences laissera la place mercredi prochain à la rétrospective William Friedkin. Ne ratez pas ces deux films, ni ceux qui les ont inspirés : le Blow Up d’Antonioni pour Blow Out, et, pour Pulsions, Sueurs Froides et Psychose, tout deux d’Alfred Hitchcock, grand maître de Brian qui, avec Fenêtre sur Cour lui souffla aussi l’idée de Body Double. Parmi ses autres influences, on pourra aussi voir Cet Obscur Objet du Désir, de Buñuel, Scarface d’Howard Hawks, et le Cuirassé Potemkine, d’Eisenstein.

Avant de conclure avec l’Enfance de l’Art, qui nous propose dimanche Couleur de Peau : Miel, un très joli film d’animation sur un enfant Coréen en exil signé Laurent Boileau et Jung, signalons que les scouts de Moonrise Kingdom, de Wes Anderson et Stella, Femme libre, de Michael Cacoyannis sont toujours à l’affiche.

Bonne rentrée.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action