Chères spectatrices, chers spectateurs,

Cannes a livré son verdict, et le petit monde du cinéma continue de tourner. Pas d’autre commentaire. Occupons nous donc de notre semaine au Grand Action, où les deux pré-ados amoureux de Moonrise Kingdom, le délicieux film de Wes Anderson, sont rejoints par les autres enfants en fuite de notre nouveau cycle Fugues en Mineur. Quant à James Caan, vedette du Solitaire de Michael Mann, nous le retrouverons dans le cycle que nous lui consacrons.

Mais commençons par ce « conte d’Anderson » (merci au Figaro pour le jeu de mot), qui est d’abord une histoire d’amour. Celle de deux mini-amants de 12-13 ans qui s’évadent de leur monde étriqué des années 60 – une famille neurasthénique qui l’ignore pour elle, un flot continu de rejets et de menaces pour lui. Tout éloigne ces Roméo et Juliette, mais leur inadaptation les rapproche. Et leur amour déterminé, abrité dans la baie de Moonrise Kingdom, viendra à bout de toutes les difficultés. Il y a beaucoup de jubilation dans ce film nostalgique et frais. A commencer par celle de la pléiade de stars qui se défait de ses oripeaux attendus pour endosser les délices du contre-emploi. Et puis il y a la précision de miniaturiste du réalisateur qui, avec la rigueur d’un chef d’orchestre, compose les plans et les mouvements de caméras qui vont montrer le monde qu’il invente. Outre le fricotage adolescent, il y aussi pas mal de subversion. Quand on pense que l’on doit, sur nos affiches parisiennes, supprimer la pipe de Tati et le mégot de Malraux, imaginez la réaction des vertueux Américains qui voient un gamin fumer la pipe ! La fugue rêvée – car oui, tous les enfants rêvent de connaître la liberté qu’Anderson autorise à ses jeunes héros – n’est pas menacée que par l’étroitesse d’esprit des adultes. Les éléments aussi, incarnés par une tempête, vont compliquer l’escapade amoureuse. Et si la foudre amie permet au scout d’échapper comme par magie à ses poursuivants, puis, brisant le clocher de l’église (symbole de la bien pensance ?), amène une résolution heureuse, les pluies diluviennes noient aussi la baie de Moonrise Kingdom. Disparue sous les eaux, elle restera une carte postale de la mémoire, un souvenir délicieux et tendre, comme la chanson de Françoise Hardy qui rythmait le temps de l’amour.

Il est des fugues moins heureuses que celle filmée par Wes Anderson. Et notre cycle Fugues en Mineur vous propose cette semaine d’en suivre 4 autres, très différentes. D’abord une fuite magique et terrifiante de Charles Laughton où, pendant La Nuit du Chasseur, deux mômes tentent d’échapper au monstrueux pasteur Mitchum, puis Le Magicien d’Oz, de Victor Fleming, pure féérie en technicolor où Dorothy est projetée par un cyclone dans un monde enchanté. C’est un monde plus dur qui guette le jeune Joey, héros errant du Petit Fugitif de Maurice Engel, un quasi documentaire et film emblématique d’un nouveau cinéma américain des années 50. Nul doute que ce Petit Fugitif inspira Pialat pour son premier long métrage, en 1968. Dans L’Enfance Nue, il filmait avec tendresse mais sans compassion un « recueilli temporaire », gosse de l’Assistance définitivement exclu du paradis de l’enfance heureuse. Comme nous parlons d’enfance, enchaînons avec celle de l’Art, qui nous propose Hugo Cabret, gavroche scorsesien en rupture, mais qui découvrira le cinéma. Et pour finir sur le sujet, évoquons aussi les fugues érotiques narrées dans Chroniques Sexuelles d’une Famille d’Aujourd’hui, curiosité exploratoire de Jean-Marc Barr et Pascal Arnold.

Dans un tout autre genre, terminons avec le festival James Caan, qui accompagne le Solitaire, premier film de Michael Mann. Vraie gueule de cinéma, Caan traverse les décennies sur l’écran. Premier pas dans les années 60 avec Hawks ou Wilder, révélation dans la décade suivante en fils Corleone du Parrain de Coppola, truand Solitaire pour Mann début 80, retrouvailles avec Coppola en vétéran du Viet Nam dans Jardin de Pierre, puis parrain à son tour à l’aube des années 2000 dans The Yards, de James Gray. Nous n’avons sélectionné que ces 6 films pour montrer James Caan. Mais c’est juste parce que nous n’avons pas 10 salles, jauge minimum pour projeter l’intégralité de sa carrière, riche d’une centaine de films. Bon reconnaissons aussi qu’il ne sont pas tous inoubliables…

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action