Chères spectatrices, chers spectateurs,
Le silence, cette semaine au Grand Action, et d’abord associé aux ombres. Car le Festival Paris Cinéma, qui a bruissé toute la semaine dernière, a laissé des traces, à commencer par du Silence et des Ombres, film culte (aux Etats-Unis, mais méconnu en France) de Robert Mulligan. La semaine prochaine, il sera rejoint par une autre réédition de prestige présentée en avant-première dans le cadre du Festival : Il Était une Fois dans l’Ouest, dont d’autres Leone annoncent l’arrivée. Mais avant, d’autres séances vont faire du bruit. Mardi soir, par exemple, le Ciné Club Positif nous attend pour son dernier rendrez-vous de la saison avec Scaramouche. Et puis, l’inusable Shutter Island et nos palmés du Cycle d’Or, qui finissent leur visite sur nos écrans, ne les quitteront pas sans que vous ne leur fassiez un dernier baroud d’honneur.
Mardi à 20h, c’est Eithne O’Neill, charmante critique pédagogue à la revue Positif qui, armée de sa grande culture et de son délicieux accent, viendra nous présenter Scaramouche. Très librement inspiré d’un roman qui, lui même, s’inspirait de la vie turbulente d’un comédien italien inventeur du personnage de Scaramouche dans la Commedia dell’arte, George Sidney transpose l’action sous la Révolution Française. C’est magnifiquement folklorique, impeccablement filmé et écrit, même si l’on cherchera vainement quelque vérité historique. Ce film, animé par un Stewart Granger bondissant, opposé à Mel Ferrer dans le rôle du méchant, demeure un petit bijou de cape et d’épée. Leur duel final (7 minutes) est le plus long échange de lames de l’histoire du genre. Une merveille en technicolor, avec Janet Leigh pour la touche de glamour, comme savait en produire la machine hollywoodienne des années 50.

Vedette de la semaine, qui a déjà ravi les nombreux spectateurs venus le voir, Du Silence et des Ombres (To Kill a Mockingbird) est un film précieux. Il n’était pourtant pas facile d’adapter ce classique de la littérature américaine de Harper Lee sans tomber dans certains pièges. Le racisme et l’injustice sont les thèmes centraux de cette histoire d’un ouvrier noir accusé de viol et défendu par un avocat humaniste, le tout dans l’Alabama des années 30, où il ne faisait pas bon être “coloured“. En filmant à hauteur d’enfant, Robert Mulligan a réussi à éviter le mélo pour construire une fable sombre mais porteuse d’espoir. Et son film est devenu, à l’instar du roman, un classique du cinéma et même la plus célèbre des interprétations de Gregory Peck en Amérique. Samedi, Marc Olry, fondateur de Lost Film, distributeur courageux et grand admirateur de Mulligan, viendra partager son enthousiasme avec les spectateurs des séances de 19h et 21h30. Il nous dira aussi pourquoi Du Silence et des Ombres, présenté au Festival de Cannes en 1963 (l’année du Guépard), obtint le Prix Gary Copper, et fut aussi couronné de 3 Oscars (acteur, adaptation et décor).

Voilà qui nous permet d’enchaîner naturellement sur notre Cycle d’Or, qui tire ses derniers feux. Cette semaine, vous pourrez revoir les Palmes d’Or de 1964, 1966, 1976, 1991, 1998 et 2009. Et notre petit jeu, c’est d’associer une date avec les films suivants : ces Messieurs-Dames (Pietro Germi), Barton Fink (Joel Coen), Le Ruban Blanc (Michel Haneke), Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy), L’éternité et un Jour (Theo Angelopoulos) et Taxi Driver (Martin Scorsese).

A propos de Scorsese, son Shutter Island vous aura conquis. Sorti dans notre salle le 24 février, il la quitte cette semaine en obtenant la palme de la longévité au Grand Action.
Nous l’annoncions en début de lettre, la semaine prochaine, ressortira Il Était une Fois dans l’Ouest sur copie neuve (en plus elle est magnifique). Mais révisez donc votre culture leonesque avec Il Était une Fois la Révolution, Le Bon, la Brute et le Truand, et Pour quelques Dollars de Plus.
Comme d’habitude, un dernier mot à l’Enfance de l’Art qui, dimanche, nous propose Brigadoon, comédie musicale de Vincente Minnelli.

Bonne semaine

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action