Chères spectatrices, chers spectateurs,
Birdman, ex-super héros de cinéma qui se prend pour un acteur stanislavskien, se ment d’abord à lui-même. Les Hacker, pirates informatiques du dernier film de Michael Mann qui sort mercredi prochain mais que nous pourrons voir en avant-première mardi soir, avancent masqués. Quant à Billy le Menteur, le mythomane un peu pathétique de John Schlesinger choisi par le Cinéma-Club de jeudi, il est le roi du faux. Le cinéma, art du mensonge ? Peut-être, car les menteurs engendrent d’excellents personnages de fiction. Mais on peut aussi le voir, comme Paul Vecchiali dont nous reprenons la rétrospective, comme une ode à la sincérité. Quant à George Romero et à sa Nuit des Morts Vivants, on ne sait pas bien où les classer... Bref, toute la vérité sur notre programme.

Jeudi à 20h30, le Cinéma-Club nous a déniché une petite et remarquable rareté britannique. Billy le Menteur, réalisé en 1963, est le deuxième film de John Schlesinger, à qui l’on doit notamment Marathon Man et Macadam Cow-boy. Modeste employé d’une entreprise de pompes funèbres d’une province anglaise hautement déprimante, Billy lutte contre la tristesse de sa vie en s’en inventant plusieurs autres. Ça lui vaut pas mal d’ennuis, que joue à merveille l’interprète de Billy, Tom Courtenay. Le critique Michel Etcheverry sera parmi nous jeudi pour nous présenter Billy et animer le débat qui suivra la projection, et précèdera le cocktail servi au Grand Bar.

Mardi 17 à 20h, nous clôturerons la semaine en beauté et en annonçant la suivante. Ce sera en effet l’avant-première de Hacker, le dernier film du grand Michael Mann, présenté par le non moins grand Philippe Rouyer, rédacteur chez Positif et chroniqueur au Cercle de Canal+. Sans dévoiler l’intrigue de Hacker, sachez qu’il est question d’un pirate informatique qui s’attaque à notre monde connecté, en commençant par provoquer un krach boursier. Et le pire est à venir. Toujours mené avec l’étonnante efficacité dont Mann est capable (Heat, Collateral...), Hacker est un film impressionnant, qui nous interroge sur la confiance que nous mettons dans des machines. « On » a su nous les rendre indispensables, sans nous dire qu’elles étaient aussi terriblement vulnérables. Chris Hemsworth, belle gueule d’australien et regard clair de tueur, incarne avec conviction le contre-pirate qui va devoir lutter contre les forces du mal. Ça déménage...

Birdman, une sorte de créature surhumaine style Marvel, fut une star de cinéma. Au point d’effacer l’acteur qui l’interpréta, Riggan Thomson. Vieillissant et en proie au doute, Riggan veut renaître sur une scène de Broadway. Et l’on sent que ça ne va pas être simple. Car outre les problèmes exogènes – des acteurs, au mieux cinglés, au pire médiocres, une fille en rehab, la menace d’une critique assassine et les portes qui claquent – Reggan doit affronter ses démons. Hanté par le héros qu’il incarna et un solo de batterie entêtant qui manifeste son désordre mental, l’acteur ne sait plus qui il est. Alejandro Gonzalez Inarritu nous livre un film jubilatoire, parce que libre et drôle, et virtuose, puisque presque réalisé en un seul plan. Il fait virevolter sa caméra portée, et a ainsi offert à son chef-opérateur, Emmanuel Lubezki, l’occasion de décrocher l’un des 4 Oscar de Birdman. Les acteurs ne furent pas décorés lors de cette cérémonie, et l’auraient pourtant mérité. A commencer par Michael Keaton, dont le parcours (il fut le Batman de Burton avant de voir sa carrière stagner) rappelle celui de Birdman. Mais l’on pourrait citer aussi Edward Norton, comédien narcissique qui manifeste sa virilité sur scène, Emma Stone, craquante fille de Reggan, digitale native et vaguement revenue de la toxicomanie, Naomi Watts, second rôle vouée à le demeurer, Andrea Riseborough, comédienne amoureuse, et Zach Galifianakis, le producteur qui tente d’empêcher le navire de sombrer. Une belle palette de cinglés pour un film réjouissant.

Dans un tout autre genre, nous reprenons la rétrospective Paul Vecchiali, cinéaste à part, mais à part entière, qui mérite vraiment d’être redécouvert. Au programme de la première partie de son cycle : Change pas de Main, Corps à Cœur, et Nuits Blanches sur la Jetée, son dernier opus. D’autres films seront réédités sur copie neuve en juillet.

Tandis que La Nuit des Morts Vivants, film culte où George Romero invente le cinéma de zombi avec trois-dollars-six-sous, poursuit sa carrière, l’Enfance de l’Art, nous propose une sélection de dessins animés pour les tout petits. A partir de 4 ans, ils seront ravis de ces Drôles de Créatures.
Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.